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Quand les hôtels misent sur autre chose que les chambres et les voyageurs

Si l’on regarde la définition du mot Hôtel dans le Larousse, voici ce que l’on peut lire : établissement commercial qui met à la disposition d’une clientèle itinérante des chambres meublées pour un prix journalier.

En résumé, les hôtels ont donc été créés pour offrir un hébergement à des gens qui voyagent.

Bien avant la pandémie de COVID-19 et les fermetures des frontières, plusieurs établissements avaient pris le contre-pied de cette définition, notamment en s’intéressant aux personnes qui vivent dans le quartier, et en offrant des services apportant autant de valeur ajoutée que les chambres.

En France, le précurseur de cette tendance a été l’enseigne Mama shelter.

L’hôtel a cassé les codes traditionnels de l’hôtellerie dans 3 axes majeurs : l’emplacement, la clientèle ciblée et les services proposés.

L’emplacement : en 2008, le premier hôtel Mama Shelter ouvre porte de Bagnolet à Paris, dans le 20ème arrondissement. Etonnement de toute la profession qui ne voit pas comment un hôtel « digne de ce nom », peut fonctionner, en général en dehors du triangle d’or Parisien (Avenue Montaigne, Champs Elysées, Avenue Georges V), et en particulier, en dehors de tout lieu de passage des voyageurs qui se rendent à Paris.

En effet, le 20ème est surtout connu pour être un quartier familial, qui dispose certes d’espaces verts et de transports en commun, mais qui n’es pas réputé pour ses monuments célèbres ou ses centres de congrès internationaux.

Place Edith Piaf – Porte de Bagnolet

Qu’est-il passé par la tête des concepteurs de ce projet, pour aller s’installer dans cet arrondissement?

En premier lieu, le prix du foncier. Selon Paris Notaires Services, le M2 coûtait en 2008, 7900 Euros dans le 8ème arrondissement (partie du triangle d’or), alors qu’il était estimé à la même époque à 5400 Euros dans le 20ème arrondissement.

Première raison donc, le prix. Mais ce n’est pas la seule.

Le choix de cet arrondissement considéré « comme un village » par les riverains, est également dû à la clientèle ciblée par les fondateurs, et à l’expérience qu’ils veulent procurer à leurs clients.

La nouveauté, est qu’au lieu de se concentrer sur les touristes et les voyageurs d’affaires comme la plupart des hôtels, ils visent deux cibles supplémentaires : la clientèle de quartier, et les « millenials » à la recherche d’endroits originaux et festifs pour leurs retrouvailles.

En effet, le but n’est pas de vendre un endroit où dormir, mais un lieu convivial où il se passe toujours quelque chose.

Pour ce faire, le concept est simple :

  • Les chambres sont petites et minimalistes : du béton ciré, une salle d’eau et une très bonne literie. Seul objet « de luxe » dans la chambre : un iMac
  • Les lieux de vie sont très grands : restaurant avec tables communautaires, bar, table de ping-pong, baby-foot, petite scène de concert, le tout décoré par Philippe Starck avec des objets chinés, hétéroclites et détournés de leur fonction principale.

La vie de l’espace restauration étant très animée aussi bien du point de vue divertissement, que par les conversations des voisins qui se retrouvent pour boire un verre, les voyageurs d’affaires sont séduits. Finies les longues soirées au bar de l’hôtel seul devant son ordinateur, ou entre collègues à parler boulot. 

Résultat, le temps du séjour, les clients de l’extérieur repartent avec l’impression de faire partie du quartier, et les gens du quartier en font leur QG.

Depuis le Mama Shelter a fait des émules et de nombreuses enseignes se sont inspirés du concept, connu sous le nom d’hôtel « lifestyle ».

Vu leurs succès à travers le monde, il ne reste plus maintenant au Larousse et aux Académiciens qu’à trouver une nouvelle définition du mot hôtel, qui soit plus large que la vente de chambres….

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